Des ingénieurs en herbe formés à la Haute Ecole d'Yverdon vont affronter, ces prochains jours, la fine fleur mondiale de la robotique à Atlanta. But à long terme du projet: créer des machines capables d'aider les personnes âgées ou handicapées à leur domicile et dans leur vie quotidienne. Des sortes de valets de chambre et compagnons à tout faire cybernétiques.

«Bill, apporte-moi un cappuccino!» Et le petit robot domestique vient déposer la boisson fumante à côté de notre fauteuil. Une vision utopiste? Peut-être pas d'ici quelques années.
C'est en tout cas dans cette direction que travaille - notamment - le laboratoire de robotique et automatisation du professeur Jean-Daniel Dessimoz, à l'HEIG-VD (Haute Ecole d'ingénierie et de gestion du canton de Vaud), d'Yverdon-les-Bains.
Rencontre au sommet
Aujourd'hui, avec deux de ses étudiants et un assistant, il vient d'arriver à Atlanta, en Géorgie, afin de participer à la RoboCup 2007, une rencontre au sommet des spécialistes mondiaux les plus pointus en robotique. Dans leurs bagages, l'équipe a emporté la créature qui va défendre les couleurs helvétiques, RH2-Y de son petit nom.
Avec son look d'armoire à roulettes, il ne ressemble pas tellement à R2-D2 de la «Guerre des Etoiles» mais, lui, il est bien réel et il sait déjà ramasser une balle tombée à terre, suivre quelqu'un ou le guider, se rendre à un point précis dans une pièce, reconnaître des personnes, imiter un geste... Et ce sont ces tâches qui seront jugées à Atlanta, dans le cadre de Robocup-at-home.
Partager les découvertes
Le robot d'Yverdon a-t-il des chances de gagner? «Etre le meilleur, ce n'est pas un but en soi, explique le professeur Dessimoz. Ce qui est précieux, c'est d'être confronté ensemble à ces défis, échanger nos idées et nous améliorer. Dans notre communauté scientifique, on n'invente rien seul, on profite des découvertes de la planète entière, et on partage ce qu'on découvre.»
«Bien sûr, il y a aussi des défis économiques. Notre créneau, c'est la recherche appliquée, trouver un équilibre entre la science pure et des débouchés utiles pour la société.»
«La compétition, c'est l'occasion de voir où nous en sommes, poursuit le professeur Dessimoz. Que le robot chante ou danse, ce n'est pas une priorité. Mais s'il est incapable de saisir la cannette, c'est un mauvais point. Gagner, on s'en fiche. Ce qui est important c'est d'accumuler les bons points. Comme pour Pierre de Coubertin, il s'agit de participer pour améliorer ses performances.»
«Et, croyez-moi, se faire entendre par le robot dans le brouhaha d'un concours, aujourd'hui, c'est déjà un défi invraisemblable!»
RH2-Y et sa famille
RH2-Y n'est pas un nom si crypté qu'il y paraît. «R» pour robot, «H» pour help ou home, 2 car c'est le deuxième du genre, et «Y» pour Yverdon. Il est doté de roues très précises pour se mouvoir, un bras pour saisir (ici le célèbre soda d'Atlanta dans sa cannette rouge), des plateaux, un oeil sous forme de caméra à grand-angle, des micros en guise d'oreilles, des détecteurs et, évidemment, une complexe intelligence artificielle. RH2-Y comprend l'anglais car l'équipe d'étudiants et de stagiaires qui le bichonnent est très cosmopolite: trois Indiens, un Canadien, un Français et un Suisse.
Le robot au service de l'homme
Robocup est une initiative mondiale qui met l'accent sur le développement de robots utiles dans la vie quotidienne. L'idée est de combiner l'intelligence artificielle - comme celle de Deep Blue capable de battre le champion d'échecs Kasparov - et la précision en mouvement qui caractérise Sojourner, le robot américain sur Mars.
Le but lointain est de concevoir un système ingénieux, inventif, avec de l'initiative personnelle et aussi un esprit d'équipe, de la rapidité et de la force de frappe. Bref, un peu la définition d'un champion de foot! En attendant ce futur Zidane cybernétique qui devrait gagner la Coupe du monde en 2050, plusieurs sous-groupes, appelés ligues, ont vu le jour.
Parmi elles, Robocup-at-home - à laquelle participe l'HEIG-VD - qui vise l'assistance à la maison avec des tâches précises, comme suivre une personne, se déplacer à un point convenu de l'habitation, prendre et manipuler un objet, ouvrir des portes, etc.
Ces mouvements peuvent sembler élémentaires, mais ils devraient déboucher sur des applications concrètes, telles qu'accompagner la personne âgée ou handicapée, porter des objets trop lourds pour elle, lui rappeler ce qu'elle a à faire, mais aussi lui apporter un objet qui lui est destiné, comme le téléphone qui sonne ou ses médicaments. Ou simplement une bière fraîche pour le plaisir...
par : Marie-Antoinette Crivelli - 30/06/2007 - Le Matin Dimanche